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L'entraineur : artisan ou ingénieur ? 
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La société est en constante évolution. De cette
évolution, découle celle des mentalités, y compris
dans la façon de "faire du sport". D'une pratique très
encadrée, voire complètement militaire,
l'équitation est devenue un loisir, une activité de plein
air, plus qu'un sport, pour une catégorie de pratiquants.
Parallèlement, les moniteurs, l'instructeur, l'entraineur ont du
s'adapter à leurs nouveaux élèves, parfois
seulement "clients".
Entre les anciennes références de formation
traditionnelle et de nouvelles pédagogies, le statut de
l'entraineur oscille entre celui d'artisan et d'ingénieur.
L'artisan est une personne qui exerce un métier manuel à
son propre compte. Par extension, il sous-entend un métier non
industrialisé, donc emprunt de la personnalité de
l'artisan. L'ingénieur au contraire est une personne qui a
reçu une formation scientifique et technique. Il est
"formaté" pour être apte à diriger certains
travaux.
La population actuelle des entraineurs est divisée en
ingénieurs et artisans. L'existence de formation scientifique
est assez récente, et les entraineurs se sont formés bien
plus sur le terrain qu'en suivant des cours. Pour les artisans, les
ingénieurs sont de peu d'utilité devant la
complexité des problèmes posés par l'entrainement.
Pourtant, les travaux scientifiques se multiplient. Les sciences de
l'ingénieur, la biomécanique, la physiologie, travaillent
sur la performance sportive. Les artisans, eux, souvent d'anciens
champions, tatonnent, guidés par leurs expériences
vécues, renonçant avec l'âge à leur
propres pratiques et mettant au service de plus jeunes leurs
savoirs.
L'entraineur traditionnel partage les caractéristiques de l'artisan :
- s'appuie sur son expérience
- le terrain a plus de valeur que la théorie
- croit en son talent
- se voit comme un maitre, un exemple, un guide
Il entretient avec ceux dont il s'occupe des rapports complexes
où se mêlent autorité, solidarité, savoirs
pratiques, et relations affectives.
En appliquant à l'homme les méthodes qui permettent
d'améliorer les performances animales, l'entraineur devient peu
à peu un "ingénieur du sport" : faire confiance à
la science pour assurer le progrès de l'homme (méthode de
surcompensation par exemple). Les appareillages sophistiqués
étudient la biomécanique, la physiologie de l'effort...
Des formations se mettent en place pour que les nouveaux entraineurs
acquierent ces connaissances scientifiques.
On forme ainsi des brevets d'Etat, des professeurs du sport... Un
tronc commun assure la formation scientifique, tandis qu'une formation
complémentaire et spécialisée permet d'obtenir de
l'expérience sur le terrain (un peu d'expérience).
Les deux populations d'entraineurs se cotoient. Les artisans sont
encore nombreux, surtout dans la discipline de l'attelage. Ils se
défendent contre l'arrivée de jeunes entraineurs, issus
de nouvelles formations. Mieux, les jeunes entraineurs de la
première formation (BEES) se défendent contre les
nouveaux entraineurs de la nouvelle formation (BPJEPS).
Les artisans reprochent aux ingénieurs d'être de faux
savants et de planer loin de la pratique. Mais le conservatisme
sceptique à l'égard de toute démarche nouvelle est
un conflit qui existe également dans d'autres domaines :
perception de courants différents comme l'équitation
éthologique ou bien le mouvement pieds nus. Et encore d'autres
que l'équitation et le cheval...
Certaines approches scientifiques ont la prétention de vouloir
tout résoudre. Ni la biomécanique, ni la physiologie ne
garantissent la meilleure performance. Ce sont ceux qui les utilisent
qui leur donnent cette prétention, car elle les conforte dans
une haute opinion de leur rôle et de leurs pouvoirs. Un savoir
scientifique vaut dans des conditions précises, et ne se
transpose pas sans précautions.
Alors comment être un bon entraineur ?
Face à la complexité des phénomènes, le
tatonnement empirique ou le tatonnement expérimental permettent
d'accéder à une maitrise relative de multiples
manières. Un ingénieur prudent, respectueux des savoirs
traditionnels, cherche à expliquer à partir des
démarches scientifiques les observations et les savoirs du
terrain, et non pas à appliquer les connaissances scientifiques
à d'autres domaines.
L'artisan apprend à l'ingénieur la modestie et le doute.
L'ingénieur apprend à l'artisan la remise en question,
des points d'appui et des modèles pour changer.
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